JOUR 35

CHEZ LES WAHROL

CHRONIQUE DU NOUVEAU MONDE
JOUR #35

12:37

DÉJEUNER :
– Tajine au poulet et citrons confits.
Poulet, carottes, pomme de terre, fenouil, coriandre, citron confit, oignon, cumin, ras el hanout, huile d’olive, semoule.
– Jus de pomme.

ELLE. – Comment ça se passe sur le théâtre des opérations ?

MOI. – À peu près comme hier. Toujours aussi ensoleillé.

ELLE. – Tu veux dire qu’on écoute de la musique ?

MOI. – Non. On regarde la mort de profil. Les plus courageux la regardent de trois quart.

ELLE. – Tu crois qu’on va tenir ?

MOI. – Il le faudra bien.

ELLE. – Drôle d’obligation.

MOI. – Encore vingt et un jours.

(Silence. Un temps)

ELLE. – Avant les gens ne faisaient pas grand cas.

MOI. – Avant les gens vivaient avec la mort. Elle s’invitait chez eux régulièrement. Elle sonnait pour un oui, pour un non. On la voyait papoter dans les parcs. Aujourd’hui on a plus droit de mourir, alors la mort se fait plus discrète.

ELLE. – Comment, plus le droit ?

MOI. – Oui, même les militaires. Même les vieux. C’est interdit.

ELLE. – On a plus droit de rien. Si ça continue on aura plus le droit de naître.

(Silence. Deux temps)

ELLE. – C’est les gens.

MOI. – Quoi les gens ?

ELLE. – Ils ont peur. Ils sont prêts à tout pour ne pas avoir peur. Qu’on mette des flics partout, des caméras, des militaires, des normes de sécurités, des attestations, des drones.

MOI. – Peur de quoi ?

ELLE. – De vivre.

(Silence. Un temps)

ELLE. – Après, il y a quand même cent vingt mille morts dans le monde. Les mesures sont compréhensibles. C’est triste.

MOI. – C’est pas beaucoup.

ELLE. – Comment ça pas beaucoup ?

MOI. – Non. La grippe de 68, une souche H3N1, a tué un million de personnes. Celle de 56, une souche H2N2 en a tué entre un et deux millions.

ELLE. – Dans le monde ? Jamais entendu parlé.

MOI. – Avant on en parlait pas. On commençait à parler à partir de vingt, trente millions. Comme la grippe espagnole.

ELLE. – Trente millions ! C’est énorme ! On pourrait en parler un peu avant quand même. Mais bon, la grippe espagnole a fait cent millions de morts. C’était quand même autre chose.

MOI. – C’est parce qu’elle était américaine. Les américains, ça voit toujours les choses en grand.

ELLE. – Américaine ? Je croyais qu’elle était espagnole. On y comprend jamais rien.

(Silence. Un temps)

MOI. – N’empêche qu’elle a tué beaucoup de jeunes.

ELLE. – Quoi ?

MOI. – Bein la grippe espagnole.

ELLE. – Des jeunes ? Comment des jeunes ?

MOI. – Oui. Entre vingt-cinq et trente-cinq ans.

ELLE. – Donc là tu veux dire qu’on a arrêté la planète pour sauver des vieux qui de toute façon seraient morts dans les cinq années qui suivent ?

MOI. – Oui.

ELLE. – Ah.

(Silence. Un temps)

ELLE. – C’est beau cette solidarité.

MOI. – Laquelle ?

ELLE. – Bein celle là. Avec nos vieux.

(Silence. Un temps)

ELLE. – Peut-être qu’on va réussir à faire la même entre les peuples.

MOI. – Je ne crois pas.

ELLE. – Donc on sauve les vieux et le reste on s’en fout ?

MOI. – C’est pas les vieux qu’on sauve, c’est notre mort qu’on fuit.

ELLE. – J’y comprends rien. Je croyais qu’elle se faisait plus discrète.

MOI. – Qui ?

ELLE. – Bein la mort.

MOI. – Non mais faut pas croire, elle est toujours là. Juste elle fait comme nous, elle change de costume.

ELLE. – Alors tout s’explique.

(Silence. Deux temps)

MOI. – J’ai une idée.

ELLE. – Chouette, c’est quoi ?

MOI. – On va se préparer. On va faire une répétition.

ELLE. – Une répétition ? Génial. On va répéter Quoi ? L’Avare ? Les malheurs de Justine ? Le Cid ?

MOI. – Non. Corneille c’est trop compliqué. L’Avare, Louis de Funes l’a déjà fait. Les Malheurs de Justine on va nous bloquer notre compte Facebook. On va répéter notre rencontre avec la mort.

ELLE. – Notre rencontre avec la mort ! Génial. On commence quand ?

CHEZ LES ALMODOVAR

MOI. – T’es où ?

ELLE. – Dans un conte de fée… la princesse et la grenouille…

MOI. – ha bon ?

ELLE. – Si on veut ré-enchanter le monde, faut partir de la base. On est au 35éme jours du confinement et je sens qu’il me faut une transformation… on est dans une chrysalide depuis plus d’un mois… le monde est dans une chrysalide depuis des semaines. Et ça commence à puer.

MOI. – La grenouille est le symbole de la résurrection…

(Un temps)

ELLE. – Mais c’est elle qui devrait être le symbole du Christ, pas le poisson !

MOI. – C’est peut-être parce qu’elle a une sale gueule… Ugly Frog.

ELLE. – Moi, je veux du conte ! Du beau conte ! Je veux souffrir de Bovarysme à m’imaginer ailleurs !

(Un temps)

MOI. – Tu veux embrasser la grenouille ?

ELLE. – Non, je veux lui faire la peau… la découper en morceaux, la manger comme on mange la grenouille en république tchèque et pleurer ensuite.

MOI. – Toi, tu es une tragédienne.

ELLE. – Oui, surtout que j’abuse une peu, c’est bien utile une grenouille… ça sert même à cicatriser la peau des grands brulés. Il ne faut pas la sous-estimer.

(Un temps)

MOI. – Il y a une légende indonésienne qui raconte qu’un jour le prince Kouhalindarapi était amoureux de 14 femmes. Elles étaient enfermées dans un monastère et donc il ne pouvait les voir. Mais il en était amoureux parce que, dans un rêve qu’il a fait 14 fois, il leur lavait les cheveux avec une grenouille à la main. Alors, un soir, il lança 14 grenouilles par la fenêtre et attendit… il fît ce même rituel pendant 14 jours et au quinzième jour il fit un nouveau rêve dans lequel il vit une grenouille géante avec un énorme sexe qui lui parla…

ELLE. – Qu’est-ce qu’elle lui a dit ?

MOI. – Elle lui dit : Je suis une vieille grenouille, j’ai survécu à la Batrachomyomachia et Homère a chanté mes exploits. Alors arrête de lancer mes enfants par la fenêtre. Les femmes ne t’aiment pas. Personne ne t’aime. On ne peut aimer un homme qui possède un royaume.
ELLE. – Merde !… ( Un temps) Mais… mais pourquoi elle avait un énorme sexe ?

MOI. – ça, on ne sait pas… Surement pour pisser loin.

(Un temps)

ELLE. – Je n’ai plus envie de la zigouiller… c’est pas bien. Je vais lui faire un baiser

MOI. – Elle est en plâtre.

ELLE. – Le prince Maçon…

JOUR 34

CHEZ LES ALMODOVAR

MOI. – T’es où ?

ELLE. – C’est le jour du seigneur, faut aller laver notre linge sale.

MOI. – Ce n’est pas de la lessive qu’il faudrait mais du défoliant… ou du napalm si on a un grand espace, des hélicoptères et que l’on aime cette odeur au petit matin…

ELLE. – Je parle de notre lessive… notre linge quoi, pas de l’humanité.

MOI. – Ha oui pas pareil ! Le linge, c’est plus fragile et puis ça ne donne pas son avis à tout bout de champs.

(Un temps)

ELLE. – Il faudrait installer des Lavomatiques dans les églises. Laver son linge et son âme. ( un temps) Peut-être ajouter des douches… Laver son linge, son âme et son cul.

(Un temps)

ELLE. – Bon, j’y vais.

MOI. – Tu y vas seule ?

ELLE. – Après les champs de coton, Je vais m’essayer à la solitude des lave-linge…

MOI. – ( rêveur) L’hiver, lorsqu’il fait nuit, sous l’éclairage cru des néons, on croirait le purgatoire. Les gens qui attendent, qui lisent un journal ou qui regardent le plafond… d’ailleurs, en parlant de plafond, dans mon quartier, quand j’étais gamin, au Lavomatique du coin, il y avait une couche-culotte au plafond qui est restée collée pendant des années… Personne n’aurait pu dire comment elle s’était retrouvée là et surtout qu’est-ce qui la faisait tenir au plafond.

ELLE. – … y avait le bébé dedans ?

Moi. – …non, le bébé n’était pas dedans.

ELLE. – Merde !

MOI. – Tu l’as dit.

(Un temps)

ELLE. – Faudrait qu’on achète une machine à laver.

MOI. – On en a une.

(Elle regarde la machine à laver)

ELLE. – Ha oui !

MOI. – mais, j’avoue, ce n’est pas pareil que le Lavomatique.

ELLE. – …c’est comme d’écouter de la musique chez soi et d’aller à un concert. Rien à voir.

MOI. – Non, rien à voir.

(Un temps)

ELLE. – Je t’avais parlé de ce passage dans L’Assommoir de Zola où Gervaise se bat à coups de battoir contre Virginie ?

MOI. – Nooon. En revanche, je me souviens de cet épisode de Rahan, fils des âges farouches, qui découvre la lessive sans le faire exprès … d’ailleurs, il découvre un tas de trucs sans le faire exprès le Rahan. Je me souviens de cette planche où on le voit se frotter le bras et découvrir la mousse ( Un temps) Pour l’humanité ça a changé beaucoup de choses le savon mais pour Rahan moins. Il était toujours propre sur lui le fils de Crao… le pagne tiré à quatre épingles et la chevelure nickel…Pour lui, déconfiner les coiffeurs ça ne lui parle pas.

(Un temps)

ELLE. – Bon, moi, je vais me passer en machine avant ou après le linge, j’hésite encore… Parce que le gel hydroalcoolique j’en peux plus, ce n’est pas des mains qu’on va avoir mais des palmes.

(Un temps)

MOI. –Mets sur programme délicat.

CHEZ LES WARHOL

CHEZ LES WAHROL

20:00

MOI. – Tu fais quoi ?

ELLE. – J’apprends à chanter.

MOI. – Chanter quoi ?

ELLE. – De tout. Des mots tendres, des mots d’amour, des mots de rage, des mots idiots, des mots simples, des mots vulgaires, des mots sans voyelle, des mots sans consonne, des mots pour les cages d’escalier et d’autres pour les parking. D’autres qu’on se dit en se regardant dans le miroir, des mots cylindres et d’autres triangles, des mots à la crème et d’autres au beurre blanc… Tous les mots qui peuvent se chanter, j’essaye d’apprendre à les chanter. Ça occupe.

(Silence. Un temps)

ELLE. – Et toi tu fais quoi ?

MOI. – J’écoute de la musique. J’essaye de la dessiner avec mes intestins.

ELLE. – Quelle drôle d’idée.

MOI. – C’est une idée comme une autre.

ELLE. – C’est vrai. Il y a tellement d’idées possibles. On devrait se couper la tête. La vie serait plus simple.

MOI. – C’est vrai. Mais que ferait-on des chapeaux ? C’est beau les chapeaux. Il en existe tellement.

(Silence. Deux temps)

MOI. – Nuit, tu dors ? … Où es-tu ? … L’inspiration n’est pas à la carte. Elle n’existe plus. N’existe plus. Encore trois jours et je m’en vais. Comme Verlaine. La chanson de Prévert. .. Promis. .. Demain j’irai chanter et rire…Demain je vis, demain je meurs. … Demain est un autre que je me confectionne.

ELLE. – C’est beau ce que tu dis.

MOI. – C’est pas de moi.

ELLE. – C’est de qui ?

MOI. – C’est dans l’album de GEINS’T NAÏT

ELLE. – Lequel ?

MOI. – « OUBLIER »

ELLE. – C’est beau GEINS’T NAÏT.

MOI. – Le génie c’est comme les chapeaux, c’est toujours beau.

(Silence. Un temps)

ELLE. – J’ai hâte de voir le monde après le déconfinement.

MOI. – Ce sera le même. En pire.

ELLE. – Crois pas. T’es trop pessimiste. Le confinement c’est l’occasion pour se repenser. Les gens se repensent. Ils n’ont que ça à faire de toute façon. Du coup ils changent ce qui va changer le monde. Un confinement c’est une retraite. Une méditation. Une révolution silencieuse.

MOI. – Je crois surtout que les gens se font chier. Qu’ils aimeraient boire une bonne bière en terrasse.

(Silence. Un temps)

ELLE. – Tu dessines trop de musique avec tes intestins. Tu vas te retourner l’estomac. C’est pas le moment d’aller te faire une occlusion, j’entends ton ventre qui gargouille.

(Silence. Deux temps)

MOI. – Je crois que j’ai faim. On mange ?

JOUR 33

CHEZ LES WARHOL

17:00

MOI. – Cette fois ça y est.

ELLE. – Quoi ?

MOI. – Je l’ai attrapé.

ELLE. – Pourquoi tu dis ça ?

MOI. – Je crois que j’ai de la fièvre.

ELLE. – C’est normal d’avoir de la fièvre. On est samedi. Le samedi c’est le jour de la fièvre.

(Silence. Cinq temps)

MOI. – Je suis dans la nuit.

ELLE. – Il fait jour pourtant.

MOI. – Quelle heure est-il ?

ELLE. – Sais pas.

(Silence. Deux temps)

ELLE. – Je n’ai pas envie de me lever.

MOI. – Il le faudra bien.

ELLE. – Qui dit ça ?

MOI. – On finit toujours par se lever. Je l’ai lu. Un astronaute. Il disait que pour survivre en confinement, il fallait organiser ses journées de façon précise. Quand on ne se lève plus c’est qu’on est mort.

ELLE. – On est pas dans l’espace. On est dans ta chambre.

MOI. – Ma chambre est un espace.

ELLE. – Quand on regarde par la fenêtre on ne voit pas la Terre. Ça doit être beau de voir la Terre. Dire qu’il y en a pour penser qu’elle est plate.

MOI. – Si la Terre était plate, son ombre ne serait pas ronde pendant les éclipse de Lune. Je préfère voir la Lune.

ELLE. – Pourquoi ?

MOI. – J’aime pas le bleu.

ELLE. – Comment peut-on ne pas aimer le bleu ?

MOI. – C’est une couleur facile. Déprimante. Une couleur qui cherche à nous faire croire que tout va bien alors tout va mal.

(Silence. Deux temps)

ELLE. – Tu crois qu’on nous ment ?

MOI. – À quel propos ?

ELLE. – À propos du virus. Un type soutient que c’est une fabrication. Que c’est une manipulation pour fabriquer un antigène. Une tentative de vaccin contre le VIH qui a échappé à tout contrôle.

MOI. – C’est qui ce type ?

ELLE. – Un prix Nobel. C’est sérieux un prix Nobel.

MOI. – Les bruits c’est comme les furets, ça court.

ELLE. – Et si c’était vrai ? Il faudrait le dire. On a le droit de savoir.

MOI. – La vérité c’est comme un coup de poing, il faut savoir l’encaisser.

ELLE. – Tu crois?

MOI. – Oui. Quand on est pas prêt on tombe KO. Ou le choc est si violent qu’on devient fou. Parfois même on en meurt.

ELLE. – C’est quoi la couleur de la vérité ?

MOI. – Le noir.

ELLE. – Comment le noir ?

MOI. – Le noir précède toujours la vérité. Il lui ouvre la porte. Ça te laisse le temps de te préparer pour l’accueillir.

ELLE. – Qui dit ça ? Lao Tseu ?

MOI. – Non l’épicier.

ELLE. – Il s’y connaît en vérité l’épicier ?

MOI. – Sais pas. Sans doute. Aujourd’hui tout le monde s’y connaît sur tout. Mais il fait de la boxe. L’autre jour il parlait de boxe et il avait l’air d’en savoir plus que sur la provenance de ses tomates.

(Silence. Deux temps)

ELLE. – Tout est si flou aujourd’hui. J’ai du mal à faire le point.

MOI. – Le point sur quoi ?

ELLE. – Sur tout. Tu crois que c’est la vérité qui me met des coups sans que je m’en rende compte ?

MOI. – Non. Je crois que c’est le champagne. La fête de cette nuit avec les Almodovar.

CHEZ LES ALMODOVAR

ELLE. – T’es où ?

MOI. – En vrac.

ELLE. – Toi aussi tu as trop guinché hier ?

MOI. – Pffff… J’ai l’impression d’être dans une champignonnière… Je crois que j’ai de la fièvre…

ELLE. – John Travolta.

MOI. – Pardon ?

(Un temps)

ELLE. – Je dis John Travolta…

MOI. – Il est mort ?

ELLE. – Je ne crois pas non… mais je me disais, entre deux dolipranes, qu’on était samedi soir… Haaaa ! La fête du samedi soir… la fièvre du samedi soir… la foule qui attend devant la porte de la boite de nuit que le physionomiste daigne les remarquer… les ados sur le parking à picoler… Le claquement des talons et des portières que l’on claque…

MOI. – …les bars qui dégueulent de fumeurs et fumeuses… les cris dans la rue à 4h du matin… la course au dernier métro… les taxis qui ne s’arrêtent pas…le portable cassé, perdu… retrouvé et oublié…

ELLE. – … le gars qui fait la tête parce que la fille qu’il croit aimer est partie avec un autre… les verres cassés… les collants filés… les tables pleines de cacahuètes au pipi… la musique trop forte… une alarme de voiture qui se déclenche et tout le monde s’en fout…

Moi. – …le bruit du rideau de fer que l’on baisse… la veste pas assez chaude… la bière pas assez froide… la recherche de la dernière épicerie de nuit… la flasque de whisky Label 5 à un prix prohibitif…

ELLE. – Les cigarettes ! Tu as oublié de parler des cigarettes !

MOI. – Oui, les cigarettes que l’on perd, le paquet perdu, retrouvé, mouillé… la cigarette tordue, cassée, taxée en proposant 50 centimes, même si je n’ai jamais vu quelqu’un accepter parcequ’on n’est pas en Amérique

ELLE. – Qu’est-ce qui reste ?

MOI. – Il reste l’aube… l’aube c’est pour les braves c’est pas comme ces putains de couchers de soleil… l’aube ça se mérite… c’est à l’aube qu’on décide de changer le monde…

ELLE. – …Et ensuite on va se coucher.

MOI. – Oui, généralement c’est ce qui se passe… on se couche et le monde se charge de nous changer…

(Un temps. Ils reprennent une aspirine).

ELLE. – Tu ne crois pas qu’on en fait un peu trop ?

MOI. – Nooooon.

ELLE. – Personne ne va croire qu’on est sorti hier… y a même pas de bars ouverts tout est fermé et en plus on déteste les boites de nuit…. On n’y va jamais…

MOI. – Oui… mais… mais c’était pour la poésie… c’est important… Je voulais parler de satori aussi… de hasards objectifs… du soleil noir et de Rodanski…

(Un temps)

ELLE. – J’ai mal à la tête.

(Un temps)

MOI. – Au fait, le chanteur Christophe est mort.

(Un temps)

MOI.- J’aurais bien voulu voir son dessin du visage d’Aline sur la plage avant qu’il ne pleuve… je me demande à quoi il ressemblait le truc ?

ELLE. – à un smiley je pense.

(Un temps)

MOI. – C’est drôle d’un coté on a la fièvre du samedi soir et de l’autre un type qui gueule sur une plage…

ELLE. – Oui… Les artistes, c’est comme le coca, on en trouve partout.

JOUR 32

CHEZ LES ALMODOVAR

MOI. – T’es où ?

ELLE. – A la party baby !

MOI. – On fait une fête ?

ELLE. – Oui et on va faire les invités, les bizarres invités, les irradiés, les divas du café de la gare, les salopards du fond des bars… ( un temps) Ou peut-être que les premiers invités ça pourrait, ça devrait être les animaux… sans toutes nos salades qu’on raconte toute la journée, toute cette futilité crasse qui sort de nos bouches…Les pets du bon dieu… ça leur fait une pause. Ils respirent un peu.

MOI. – Tu as raison… Oui, les animaux, faut les inviter sans qu’il y est une arnaque derrière ou une porte qui se referme sur un abattoir… pour une fois, les laisser partir comme ils sont venus et pas sous cellophane en morceaux… On a aperçu des cerfs se promener avec leurs biches dans les rues de Paris.

ELLE. – Autant les inviter…( un temps) On boit un verre ?

MOI. – Yes Honey Whisky!

ELLE. – Mets de la musique pour les Warhol ! Ouvre les fenêtres !

MOI. –Wanna Be your Dog reprise par les Bitches Cover !

ELLE. – Nice ! Balance le son !

Moi – Trinquons aux Warhol !

ELLE. Tchiiiiiin ! les Wahrol!!

(Un temps.)

MOI. – Tu crois que ça va changer après tout ça ?

ELLE. – Je te raconte : Aujourd’hui, j’ai lu qu’au Luxembourg ils avaient rouvert les drives Mac Do… Les gens se sont rués dessus comme le choléra sur l’Indien… Il y a eu des bouchons monstres.

MOI. – Merde ! Merde ! Merde !

ELLE. – On vient de la boue et on est toujours de la boue.De la bouillasse vide et noire… Panser l’être humain c’est se mettre dans une belle merde.

(Un temps)

ELLE. – Qu’est-ce qu’on fait ?

MOI. – Mourir ou partir sur Mars.

(Un temps)

ELLE. – Mars c’est trop loin.

CHEZ LES WARHOL


20:30

ELLE. – Il reste du champagne ?

MOI. – Oui.

ELLE. – J’ai envie de faire la fête.

MOI. – C’est pas le moment.

ELLE. – Ah bon ? Pourquoi ?

MOI. – La planète est en guerre.

ELLE. – Mais c’est pas nous qui l’avons déclarée. On est pas obligé de la faire.

MOI. – On doit être solidaire.

ELLE. – Qui l’a dit ?

MOI. – C’est comme ça. C’est la tradition. Quand c’est la guerre, tout le monde doit se rassembler autour d’elle pour lui faire honneur.

ELLE. – C’est pas drôle.

MOI. – La guerre c’est pas fait pour être drôle. Il y a des morts. Même Christophe est mort. Si tu veux un truc drôle regarde le dictateur.

ELLE. – Lequel? Y en a tellement.

MOI. – Celui de Charlie Chaplin, c’est le plus drôle.

(Silence. Un temps)

ELLE. – Lequel ?

MOI. – Quoi lequel ?

ELLE. – De Christophe ? T’as dit Christophe est mort. Tu parlais du voisin ?

MOI. – Non, le chanteur.

ELLE. – Christophe Maé est mort ?

MOI. – Non, celui qui dessinait des trucs sur le sable.

ELLE. – Je vois pas. C’était quoi son nom ?

MOI. – Il avait pas de nom. Il n’en a jamais eu.

ELLE. – Le pauvre.

(Silence. Un temps)

ELLE. – C’est beau de ne pas avoir de nom.

(Silence. Un temps)

ELLE. – Il dessinait quoi comme truc Christophe ? Des châteaux ? Sur le sable on fait des châteaux.

MOI. – Non. Lui il dessinait des visages.

ELLE. – C’est beau.

MOI. – Oui. Après il attendait qu’il pleuve pour pouvoir crier. Il faut toujours un prétexte pour pouvoir crier.

(Silence. Deux temps)

ELLE. – Dis, tu crois que Munch avait un prétexte ?

MOI. – Pourquoi ?

ELLE. – Pour crier sur les ponts ?

MOI. – Non, lui il avait le droit.

ELLE. – Ah bon, pourquoi ?

MOI. – Il criait pour les autres. Pour ceux qui n’étaient pas légitimes. Pour ceux qui n’avaient pas de prétexte.

(Silence. Deux temps)

ELLE. – T’entends ?

MOI. – Quoi ?

ELLE. – Les Almodovar.

MOI. – Et bien quoi les Almodovar ?

ELLE. – Je crois qu’ils font la fête. Ils écoutent le dernier Bitches Cover. T’entends ?

(Ils écoutent. On entend la musique. Fort. Des rires. Des cris. Puis le silence.)

ELLE. – Faisons la fête nous aussi !

(Silence. Un temps)

ELLE. – Comme la première fois. C’est tellement beau les premières fois. Toutes les premières fois. On pourrait remplir le cendrier jusqu’à faire venir le jour. Je ferai ta chienne comme dans la dernière chanson des Bitches Cover. Tu crois que je peux être ta chienne ? Tu m’emmèneras en balade, il reste des attestations.

(Silence. Un temps)

MOI. – Il reste du champagne ?

JOUR 31

LES WARHOL


FLASH SPECIAL
08:53

Suite au jeu concours WHERE IS BABY KRISHNA, organisé le jour de confinement #26.

Tout d’abord, il y avait un piège. En effet, deux Baby Krishna étaient en jeu. Donc, deux costumes différents, le jaune et un rose.
Ensuite, il s’agissait de la première case en haut à gauche, puis de la dernière case de la deuxième colonne, enfin, dans le reflet du miroir de l’avant-dernière case de la deuxième colonne…

Dans les images vous verrez la localisation. Images qui m’ont été envoyée par Yves Henry, le sixième candidat à avoir trouvé les bonnes réponses. Nous l’en remercions au passage.

Voici donc la liste des 5 gagnants.

Ainsi, sur 10 participants ayant donné les bonnes réponses, les gagnants sont (heure Facebook faisant foi) :

NUMÉRO 01 : Carole Marole
NUMERO 02 : Guilllaume Farré
NUMÉRO 03 : Marie Driol
NUMERO 04 : Frénégondo Chilpérico
NUMÉRO 05 : Bérangère Coll

BRAVO À EUX !
Leur prix arrivera dans leur boîte aux lettres d’ici la fin du confinement.

PROCHAIN JEU CONCOURS D’ICI PEU, MERCI D’AVOIR PARTICIPÉ !

LES ALMODOVAR

ELLE. – T’es où ?

MOI. – Chez le Thérapeute.

ELLE. – Mais qu’est-ce que tu fais ? Tu as enlevé ton masque ?

MOI. – Chez le Thérapeute il faut tout enlever… Tout poser à plat. Sinon c’est du mensonge.

ELLE. – On va peut-être devenir fou à force de confinement…

MOI. – Je confirme.

ELLE. – …Je me suis dit qu’il nous fallait une pièce pour pleurer, pour évacuer… Un endroit pour lâcher la pression quoi… Parce qu’on ne comprend rien à ce qui se passe et surtout à ce qui se passera après tout ce foutoir. Au fait, il vient d’où ce type ?

MOI. – Des tableaux de Magritte, Parfois il l’appelait le « Libérateur » qui nous libère d’un certains nombre d’habitude mentales… « Le Libérateur » habite un pays dont la logique ne conduit pas à la folie et le thérapeute est celui qui guérit… Dixit Magritte.

(Un temps)

ELLE. – Il est où le parapluie ?

MOI. – Pourquoi faire ?

ELLE. – Je vais pleurer un peu. Je n’ai pas envie de mouiller le parquet. Et toi tu fais quoi ?

MOI. – Je vais rester un peu avec ce type et je viens.

ELLE – Tu prendras une serpillère ?

(Un temps)

MOI. – Tu crois qu’on est en train de rêver ?

ELLE. – Peut-être. Peut-être… Peut-être.

MOI. – Comment on pourrait en être certain ?

ELLE. – Il y a une légende indonésienne qui raconte qu’un jour le prince Kouhalindarapi était perdu dans un rêve et il n’arrivait plus à faire la différence entre le rêve et la réalité, alors, il demanda un verre d’eau à un serpent à 9 têtes qui le regardait. Le serpent ferma les yeux et il mourut et Kouhalindarapi retrouva la réalité.

MOI. – Je ne comprends pas l’histoire.

ELLE. – Moi, non, plus je n’ai rien compris. Bon, je vais aller pleurer un seau et je reviens.

MOI. – Je n’ai vraiment rien compris à cette histoire. Tu la tiens d’où ?

ELLE. – De Magritte.

MOI. – Merde!

(Un temps. Ils se réveillent.)

ELLE. J’ai fait un rêve étrange.

MOI. – Moi aussi.

ELLE. – J’ai envie d’une pomme, tu veux quelque chose ?

(Un temps)

MOI. – …Mon chapeau.

CHEZ LES WARHOL

17:03

ELLE. – Tu fais quoi ?

MOI. – Rien, je confine. Et toi ?

ELLE. – Rien.

(Silence. Trois temps)

ELLE. – Tu fais quoi ?

MOI. – J’ai un peu avancé sur le confinement. Et toi ?

ELLE. – Rien.

(Silence. Trois temps)

ELLE. – Je dirais bien un truc mais j’ai peur que tu me dises que c’est du Godard.

MOI. – Dis toujours. Tu risques rien de toute façon. Dire du Godard pendant les moments de vide existentiel c’est toujours approprié. C’est comme dire du Jon Fosse.

ELLE. – C’est qui Jon Fosse?

MOI. – Un écrivain norvégien.

ELLE. – Et c’est bien ?

MOI. – Bein tu vois tout à l’heure, quand tu as dit « rien » ?

ELLE. – Oui.

MOI. – Bein c’était du Jon Fosse.

ELLE. – Ah bon, c’était du Jon Fosse ?

MOI. – Oui.

ELLE. – Ça a l’air bien. Tu en as ?

MOI. – Non.

(Silence. Deux temps)

ELLE. – Quand tu as dit « non » comme ça, froid, sec, sans envie, sans intonation, presque nostalgique d’un temps à jamais perdu, d’un temps d’avant le confinement, c’était du Jon Fosse ? Je sais pas pourquoi, sans en avoir lu, j’ai comme ressenti que c’était du Jon Fosse.

MOI. – C’en était.

ELLE. – Ça a l’air beau. À la fin du déconfinement j’irai acheter du Jon Fosse.

(Silence. Deux temps)

MOI. – Au fait, tu voulais dire quoi ?

ELLE. – Quand ?

MOI. – Et bien là, tout de suite. Tu voulais parler et tu t’es ravisée en croyant que c’était du Godard.

ELLE. – Ah oui, je voulais dire ne me pousse pas parce que je suis à la limite et j’essaye de ne pas perdre la tête.

MOI. – T’inquiète pas, c’était pas du Godard.

ELLE. – T’es sur ?

MOI. – Certain. C’était du Grand Master Flash

ELLE. – Du Grand Master Flash ? T’es sur de ça ?

MOI. – Certain. « Don’t push me cause I’m close to the edge and I’m trying not to loose my head » c’est du Grand Master Flash. Je dansais là dessus quand j’étais gamin. Bien avant Jon Fosse.

(Silence. Deux temps.)

MOI. – Détends toi, t’as l’air stressée.

ELLE. – Où ça ? On a le droit à un rayon de 1km. On a tout fait déjà. J’en ai marre de longer le canal.

MOI. – Fais toi une balade en forêt.

ELLE. – Où ça, de quelle forêt tu parles. Y a pas de forêt dans un rayon d’un kilomètre.

MOI. – Ici. T’as qu’à t’inventer une forêt ici. C’est les plus belles forêts.

ELLE. – Quoi ici ? Y a pas d’arbre. Y a que le pilea, le pot de basilic, la menthe et le persil dans un verre d’eau.

MOI. – Et le parquet c’est quoi ?

ELLE. – Des arbres morts.

(Silence. Un temps)

ELLE. – Bon, je vais faire une balade en forêt sinon je vais tout casser.

MOI. – Respire, détends toi. Vas faire ta balade je ferai les animaux.

(Une heure passe. Les anges semblent toujours avoir déserté la planète. )

ELLE. – J’me sens mieux. Ca m’a fait du bien cette balade.

MOI. – Je t’avais dit.

ELLE. – J’ai vu plein d’animaux.

MOI. – Quoi comme animaux ?

ELLE. – Une vache, un lapin et une biche. Tiens, je t’ai cueilli un bouquet.

(Quelques minutes passent. )

ELLE. – On est bien.

MOI. – Oui. On est bien.

ELLE. – Il fait doux.

MOI. – Très.

(Silence. Un temps)

ELLE. – C’est marrant.

MOI. – Quoi ?

ELLE. – Ce qu’on vient de dire.

MOI. – Oui et bien ?

ELLE. – On dirait encore du Jon Fosse.

MOI. – J’irai t’en acheter.

JOUR 30

LES ALMODOVAR

(Jingle : Vente flash tondeuse à gazon ! Moins 35% !)
MOI. – T’es où ?

ELLE. – Au rayon papier toilette.

(Un temps. Il découvre le rayon.)

MOI. – C’est incroyable !!!

ELLE. – (voix de tragédienne) Ô Oui ! Ô Oui ! Car ce qui était rare il y a un mois, est devenu profusion ! Ce qui était convoité, est maintenant oublié ! C’est ainsi du temps et des âges des hommes ! Ôooooooo ! Ce qui était prétexte à la guerre est maintenant partagé ! Ce qui avait fait ployer l’échine du brave qui pensait en manquer est maintenant le jeu d’un enfant qui peu venir en acheter un rouleau chaque jour !

MOI. – Sinon tu as vu tous ces rayons ? Ces lignes de fuites au rayon lingerie ? Ces têtes de gondoles pareil aux proues des navires partant pour les cités d’or au temps du grand Cortez ?

ELLE. – Ô Oui ! ( un temps.) Ce n’était pas si idiot de sortir faire des courses non ?

MOI. – Faut dire qu’il n’y a pas profusion de gibier dans notre salon alors, bon… Faut bien sortir chercher pitence.

(Un temps)

ELLE. – C’est quand même laid comme endroit non ?

MOI. – Suffit de lever les yeux pour se rendre compte que c’est un hangar, un simple hangar, le reste c’est du décorum… Du carton pâte… On est dans un Méliès cheap.

ELLE. – Qu’est-ce qu’il nous faut ?

Moi – des trucs qu’on ne peut pas fabriquer nous même.

ELLE. – Genre du scotch, des feutres et une nappe en papier pour dessiner?

MOI. Genre oui.

(Un temps. Un jingle : vente flash au rayon charcuterie ! Moins 40% sur le Salami et les chipolatas)

MOI. – c’est drôle mais chipolatas ça fait pas saucisse, ça fait truc en mousse je trouve.

ELLE. – Chipolatas…Chipolatas moi ça me fait penser au Hans-wurtz allemand… « jean-saucisse »… c’est un personnage du théâtre allemand.

MOI. – Hans-wurtz ,c’est comme ça que Schopenhauer appelait Fichte qu’il détestait…

ELLE. – c’était pas un drôle le père Shoppenhaur.

MOI. – j’ai pas l’impression… De toute façon la philo et l’Allemagne ça n’a jamais donné dans la gaudriole. Tiens ! Y a de la mimolette vieille. T’aime ça.

ELLE. – Elle est vieille… de la vieille mimolette que les vieilles ne peuvent pas manger

(Un temps)

ELLE. – Qu’est-ce qu’on fait ?

MOI. – On peut rentrer non ?

ELLE. – Oui. Rentrons.

MOI. – On passe en caisse avant non ?

(Un temps)

ELLE. – On pourrait juste partir comme des fantômes… peut-être que ça peut marcher non ? On marche, on y croit et on sort… Il y a un petit flottement et puis tout redevient normal. On essaye ?

MOI. – Oui, Allons-y.

(Un temps. L’alarme du portique retentit)

MOI. – Ils ont un capteur de fantômes je crois.

ELLE. – Merde !

LES WARHOL

17:07

ELLE. – Tu es où ?

(Silence. Un temps)

MOI. – Dis moi, tu n’aurais pas espionné les Almodovar par hasard ?

ELLE. – Ils postent eux aussi. Suis allée voir. Comment tu sais ?

MOI. – Ils commencent toujours par « tu es où ? « 

ELLE. – C’est vrai. J’avais pas remarqué. Étrange idée.

MOI. – C’est important de savoir où on est. Se situer. Savoir si on est toujours bien dans la même réalité quantique. Que nous vivons bien sur la même planète et qu’elle tourne toujours dans le bon sens.

ELLE. – Comment pourrait-on être ensemble et vivre sur deux planètes différentes ? Encore Schrodinger ?

MOI. – Non, chez Schrodinger, le fait d’ouvrir la boîte fait trancher la réalité pour une option ou une autre. C’est encore autre chose.

ELLE. – Oui mais alors là, c’est quoi ?

MOI. – Là c’est la question de l’intrication quantique.

ELLE. – l’intrication quantique ?

MOI. – Oui. Par exemple, dans la réalité quantique dans laquelle je suis, Donald Trump est enfermé dans toilettes avec une diarrhée interminable. Une diarrhée comme il n’en existe que très peu.

ELLE. – Une diarrhée ? Mais il s’exprime tous les jours sur Twitter. Tu veux dire qu’il communique avec le monde depuis les toilettes ?

MOI. – L’intrication quantique c’est plus compliqué. En fait, même si on peut le localiser dans plein d’endroits différents, Donald Trump est totalement interdépendant de cette diarrhée. Tu me suis ?

ELLE.- C’est assez clair oui. Le pauvre.

MOI. – Donc, en résumé, dans ma réalité quantique il n’est que cette diarrhée. Rien d’autre.

ELLE. – Une diarrhée blonde ?

MOI. – Oui oui ça arrive fréquemment. Dans le cas d’une alimentation riche en maïs et en oméga 3, accompagnés de salade de pétale de tournesol. Rajoute des pop corn là dessus, rien de tel pour te mettre le bide en vrac.

ELLE. – Le pauvre. Mais maintenant que tu le dis, dans la mienne de réalité, il est mort.

MOI. – Ah oui, c’est une option. Le pauvre. Et il est mort de quoi si c’est pas indiscret ?

ELLE. – Du virus Ebola.

(Silence. Un temps)

ELLE. – Mais dis moi, depuis quand tu t’y connais en mécanique quantique ?

MOI. – J’y connais rien.

ELLE. – Mais alors ta théorie, Trump, la diarrhée, tout çà ?

MOI. – Déduction logique. Quand on dit de la merde à ce point là c’est qu’on a le cul à la place de la bouche. Comme c’est pas possible, c’est forcément une question d’intrication quantique.

ELLE. – Ah oui logique, maintenant tout devient clair.

(Silence. Un temps)

ELLE. – Mais alors, tu n’as pas répondu à ma question, t’es où ?

MOI. – Sur le palier.

ELLE. – Sur le palier ? Qu’est-ce que tu fais sur le palier ?

MOI. – Le tapin.

ELLE. – Le tapin ? Le tapin, tu veux dire que tu te prostitues sur le palier ? Mais tout le monde a quitté l’immeuble. Il n’y a plus que nous.

MOI. – J’attends aucun client. C’est par solidarité. Bob Dylan écrivait des « protest songs » et bien moi je fais de la « protest prostitution »

ELLE. – Mais solidarité envers qui?

MOI. – Et bien, solidarité envers les putes, à ton avis .

ELLE. – Étrange idée.

MOI. – Personne ne va penser aux putes. Une pute c’est comme les animaux domestiques, c’est la dernière chose à laquelle on pense quand tout va mal.

(Silence. Un temps)

ELLE. – Dans le film avec Will Smith…

MOI. – Lequel, toujours celui avec le chien ?

ELLE. – Oui, celui là. Et bien, il s’en occupe bien du chien.

MOI. – Ah oui, c’est vrai.

(Silence. Deux temps)

ELLE. – Bon, quand même, elles gagnent leur vie les putes.

MOI. – Oui, sans doute, mais là elles vont avoir du mal.

ELLE. – Elles ont de l’argent de côté. Et puis les escortes, elles gagnent bien les escortes.

MOI. – Elles sont pas toutes escortes. T’as pensé au fait qu’on ne s’occupe pas d’elles. Certaines devront prendre des risques et faire la pute quand même pour s’en sortir. Et puis, les putes de réseaux, tu crois que leur macs en ont quelque chose à foutre du virus ?

ELLE. – Oui et bien ils devraient prendre soin d’elles. C’est quand même leur gagne pains ces filles.

MOI. – Quand tu vois la recrudescence des violences conjugales depuis le début du confinement, je suis pas certain que ce soit chez les macs qu’il faudra trouver plus de compréhension.

ELLE. – On sait pas, des fois on a des surprises.

MOI. – Et pour toutes les autres, les indépendantes, et bien elles sont au chômage technique. On y pense pas au chômage technique de la pute. Dans les temps de crise, il faut penser à tous ceux à qui personne ne va penser.

ELLE. – Ah oui et qui d’autre par exemple.

MOI. – Je sais pas. Les parias. Ceux dont tout le monde se fout en temps normal. Les oubliés, les rebuts. Ceux qui se défoncent dans la fumée des crématoriums au bord du Gange. Ceux qui ont du mal à négocier avec ce monde. Ceux qui ne savent pas comment faire. Qui font la manche sans masques devant carrefour. Les autistes. Les perdus. Ceux qui ne savent pas ajuster leur costume. Ceux qui vont nus.

ELLE. – C’est vrai. Je vais me changer et j’arrive.

MOI. – Pourquoi faire ?

ELLE. – Bein le tapin sur le palier avec toi.

(Cinq minutes passent. Aucun ange à l’horizon)

MOI. – Ça y est tu es prête ? OK, alors c’est parti.

(Silence. Un temps)

MOI. – Tu as ramené Bébé Krishna ?

ELLE. – Et bien oui pourquoi ?

MOI. – Il est peut-être un peu jeune non ?

ELLE. – Penses-tu. Les enfants ça n’a peur que des histoires qu’on leur raconte. C’est ça qui les rend fous. Regarde Trump, c’était un bon petit gamin joufflu avant toutes les conneries et les intrications quantiques faite de diarrhées, qu’on lui a mis dans la tête.

MOI. – Tu crois ?

ELLE. – Oui, la réalité ils s’en accomodent très bien les gamins s’ils se sentent aimés et en sécurité. Et puis, il aime bien être avec nous.

(Silence. Un temps)

MOI. – Mince.

ELLE. – Quoi ?

MOI. – On est allé à la laverie automatique et on a oublié de laver ses habits.

ELLE. – Je t’avais dit qu’il ne fallait pas l’habiller avec sa tenue d’anniversaire en cette saison.

MOI. – Mais on l’habille comment sinon, tu peux me dire ?

ELLE. – On ne l’habille pas. Il est à poil. Tout le reste de l’année il est à poil. L’innocence c’est comme la vérité, elle va toujours nue sauf qu’elle ne sort pas d’un puit.

JOUR 29

CHEZ LES WARHOL

15:15

MOI. – Tu es prête ?

ELLE. – Oui, pourquoi faire ?

MOI. – Pour ton entraînement ?

ELLE. – Mon entraînement ? De quel entraînement tu parles ?

MOI. – Entraînement au déconfinement. Tu as entendu le président. Hier, il a dit qu’à partir du 11 mai on commençait à se déconfiner. Il faut se préparer.

ELLE. – Mais c’est dans quatre semaines.

MOI. – Quatre semaines ça va passer vite.

ELLE. – Ça fait quand même un peu tôt je trouve.

MOI. – Pas du tout. Regarde, ça fait déjà quatre semaines qu’on est confiné. On a pas vu le temps passer.

ELLE. – Quatre semaines déjà. C’est une performance.

MOI. – Oui, ça y est, on est rentré dans la zone performative, ça y est. C’est pour ça qu’il faut qu’on s’entraîne.

(Silence. Un temps)

ELLE. – Mais tu crois qu’il y a besoin d’un entraînement spécifique au déconfinement ?

MOI. – Absolument. Absolument, Absolument. Ça a été démontré dans des recherches.

ELLE. – Des recherches ? Je crois pas. Je crois en fait qu’ils vont déconfiner, on sort et c’est bon on est déconfiné.

MOI. – Que tu crois, que tu crois. C’est pas si simple.

ELLE. – Comment pas si simple ?

MOI.- Regarde tous ces types qui vont en prison. Quand ils sortent ils ont du mal. Ils doivent se réhabituer. Réapprendre à vivre, à socialiser. Reprendre contact. Et bien là c’est pareil. En pire.

(Silence. Un temps)

ELLE. – En pire ? Pourquoi en pire ?

MOI. – En pire parce que nous vivons un moment unique et personne ne va saisir l’opportunité.

ELLE. – Comment l’opportunité ? De quelle opportunité tu parles ? Je vois pas.

MOI. – Il y a sept milliards d’individus sur Terre, bientôt huit. On est d’accord ?

ELLE. – On est d’accord, oui.

MOI. – Et bien, pour la première fois les deux tiers de l’humanité vivent exactement la même chose au même moment. Tu ne trouve pas ça fou ?

ELLE. – Oui, enfin, en Inde, en Afrique, c’est compliqué quand même.

(Silence. Un temps)

MOI. – Oui, bon, soit pour l’Inde et l’Afrique. Mais en gros, ce que je voulais dire c’est que tout le monde est tétanisé de choper une bestiole même pas visible et tout le monde reste confiné. Enfin … ceux qui ont un espace de confinement restent confinés. Je te parles pas des millions d’indiens en transhumance sur les routes ok. Parce que je vois bien que tu vas me parler des indiens en transhumance et là je peux pas finir mon raisonnement.

ELLE. – Bon, d’accord je parle pas des indiens. Ça marche. Ni des africains non plus. On a qu’à dire que c’est la planète, tout pareil, mais qu’il n’y a pas d’indiens, ni d’africains. Ça marche ?

MOI. – Ah oui. C’est bien ça. On fait comme tu dis, c’est bien.

ELLE. – D’ailleurs, je me demandais, ils font quoi ceux qui ne sont pas confinés.

MOI. – Ils sont comme nous, ils ont la diarrhée sauf qu’ils peuvent sortir.

(Silence. Un temps)

MOI. – Donc, ce que je voulais dire c’est que maintenant on est peinard.

ELLE. – C’est vrai qu’on est peinard.

MOI. – Sauf que dans quatre semaines on va déconfiner et tout va reprendre exactement comme avant. Tout pareil. Les manifs, les grèves, le bruit des bagnoles, la picole, la défonce, les courses dans le métro, les galères de tunes, les huissiers, le courrier dans ta boîte aux lettres, le stress, tout, absolument tout. Ça va être violent je te dis. Les autres c’est toujours violent. Il faut se préparer je te dis. On va le regretter ce virus.

(Silence. Un temps)

ELLE. – OK, tu m’as convaincue. Alors on fait quoi ?

MOI. – Pour ton premier entraînement, un truc simple.

ELLE. – Raconte. Raconte, raconte.

MOI. – C’est simple, je t’enrubanne dans du film opaque, le tout bien serré et tout bien scotché. Tu vois ?

ELLE. – Jusque là oui, facile, je vois. Et après je fais quoi ?

MOI. – Tu te libères.

ELLE. – C’est tout ? Ok facile, on y va.

MOI. – Attends ! Il faut bien que tu rentres dans la peau de la libération du confinement. Que tu vives le truc. Tu me suis ? Intense.

ELLE. – Je te suis, je te suis.

MOI. – L’oppression, la suffocation, l’asphyxie, la claustrophobie, tout ça … et plus tu te libères, plus tu t’attaches à ressentir tous les points positifs de cette libération.

ELLE. – Je vois, je sens, je vois.

MOI. – Oui mais pas à moitié hein. Je compte sur toi, c’est l’entraînement ok. Alors tu ressens tout hein ? Ta peau, l’air, le froid, la tension qui se joue entre le cocon protecteur et le retour à l’espace, à la liberté. Cette joie. Cet orgasme de vivre pleinement et en même temps tous les autres qui vont de nouveau venir t’emmerder avec leur conneries, faut tout ressentir.

ELLE. – C’est bon j’ai pigé, c’est un rituel …

MOI. – Non, pas du tout. C’est une performance.

ELLE. – Ah oui, je vois, une performance de psychomagie vaudou.

MOI. – Non pas du tout. Un psychodrame BDSM.

ELLE. – Oui mais quand même un genre de Bwiti gabonais sans ibogaïne ?

MOI. – Non non, pas du tout. J’ai juste croisé du Jacob Levy Moreno avec du Gilles Berquet, de l’Irving Claw, du film étirable, du ruban adhésif et une paire de ciseaux. T’es prête ?

(Silence. Un temps)

ELLE. – Prête.

(Silence. Un temps)

ELLE. – Dis, tu peux juste arroser le pilea avant qu’on démarre ?

MOI. – Ah oui, merde le pilea, le pilea ! Bouge pas j’y vais, le pilea, le pilea, j’y vais, ne bouge pas … vas pas tomber, merde le piléa, vas pas tomber, les accidents domestiques … tu bouges pas surtout, j’y vais, j’y vais, bouge pas, les accidents domestiques, le pilea …

CHEZ LES ALMODOVAR

MOI. –  T’es où ?

ELLE. –  Dans la Caverne.

MOI. – La caverne ? quelle caverne ?

ELLE. – La caverne de Platon.

MOI. – Ha bon ! Ben là, oui, on y est toujours dans cette caverne plus enchainés que jamais…

ELLE. – J’ai envie qu’on reparte à zéro, qu’on revienne au début pour repartir sur de bonne bases…

MOI. – Avec les êtres humains aux commandes, c’est simple : Pour partir sur de bonnes bases faudrait pas partir du tout. Toutes les bonnes idées finissent en couilles. C’est le principe même de la connerie humaine. Va savoir pourquoi, pour certains le bonheur consiste à regarder l’autre d’en haut…

(Un temps)

ELLE.  – le règne des dinosaures c’est 160 millions d’années et ensuite boom ! Par ici la sortie.

MOI. – Nous ça sera pareil, mais on ne va pas partir comme des princes, plutôt  comme des Thénardier qui embarquent ce qu’ils peuvent dans leur misérable naufrage.

ELLE. –  Nous sommes les Thénardier du règne animal.

Moi – Exactement.

ELLE. – Merde !

(Un temps)

MOI. – En parlant  de dinosaures,  tu sais que  Le Création Museum à Petersburg, dans le Kentucky on peut voir des êtres humains tranquilles entourés de tous les animaux de la création et de dinosaures ?  Déjà qu’avec les mammouths et les tigres à dents de sabres l’homme s’en est tiré de justesse, alors avec un T-Rex au cul…

ELLE- On devrait en prendre un en animal de compagnie.

MOI. – Un chasseur-Cueilleur ?  

ELLE. – Non, un Dinosaure… Un petit T-Rex…

MOI. – Il va grandir.

ELLE. – Tout de suite les grands mots ! Pour un animal domestique ce qui compte ce n’est pas la taille, c’est l’amour. En plus on pourra sortir plus souvent pour qu’il fasse ses besoins.

MOI. – Quelle genre de besoins ?  Tu parles de 230 Kilos de viandes qu’il peut avaler en une bouchée ?

(Un temps)

ELLE. – Je crois qu’avec de la patience, l’Homme peut tout domestiquer.

MOI. – Il peut surtout perdre un bras… D’ailleurs, c’est un peu ce que je souhaite à tous ceux qui ont abandonné leurs animaux… Les SPA sont saturés… Ils parlent d’euthanasier. La laideur est devenue notre pain quotidien.

ELLE. Je crois que la plus grande lâcheté de nos sociétés c’est de ne pas punir ceux qui doivent l’être…

MOI. – On hésite à punir le Mal et à glorifier le Bien… On reste dans le bain tiédasse de notre saloperie.

(Un temps)

ELLE. – Je déteste ce qui est en train d’arriver… Qu’est-ce qu’on doit faire avec ça ?

MOI. – On va essayer d’en faire un avenir et si ça ne marche pas, on en fera un souvenir.

ELLE. – C’est beau.

MOI. – Tu trouves ?

ELLE. – Oui.

(Un temps)

MOI. – Tu ne me dis pas ça parce que tu as envie d’avoir un Spitz nain ?

JOUR 28

CHEZ LES ALMODOVAR

MOI. – T’es où ?

ELLE. – Sur le lit… c’est Pâques.

MOI. – Jésus revient…

ELLE. – Les lapins aussi… des œufs, des cloches et des lapins, c’est quand même bizarre non pour la résurrection du crucifié ?

MOI. – Le marketing religieux a des raisons que seuls Dieu et le diocèse connaissent.

ELLE. – En parlant de diocèse, tu as vu que des fidèles ont participé clandestinement à une messe à l’église Saint-Nicolas du Chardonnet ? Tu sais, c’est dans cette église que la liturgie est célébrée en latin… Bref, une messe en pleine nuit et en plein confinement.

MOI. – J’espère que Dieu sait reconnaitre les Justes et les trous du cul.

ELLE. – Ça doit leur rappeler les grandes heures de l’église chrétienne au temps où ils étaient persécutés par les romains.

MOI. – C’est bien, ils vont tous tremper leurs paluches dans le même bénitiers…

(Un temps)

MOI. – Normalement aujourd’hui il peut arriver un miracle.

ELLE. – Genre ?

MOI. – Genre je vais avoir le temps de finir mon roman.

ELLE.- Ha Merde !

(Un temps)

ELLE. – Qu’est-ce qu’on fait ?

MOI. – Ben, dés qu’il s’agit de miracle il faut attendre… c’est le principe. On lève les yeux au ciel, on étripe un agneau ou un mouton ou un bœuf ou une vierge et on attend.

(Trois heures plus tard. L’image d’un lapin apparaît sur le mur)

ELLE. – Regarde !

MOI. – Mais ! C’est quoi ça comme miracle ?

ELLE. – C’est même pas la tête du Nazaréen !

MOI. – Non, c’est une bonne tête de lapin. ( un temps) Qu’est-ce qu’on fait ?

ELLE. – Je crois qu’il faut prier… ou alors, non, je vais mourir et ressusciter.

MOI. – Pourquoi faire ?

ELLE. – Ça passe le temps.

MOI. – Bonne idée.

(Elle meurt)

MOI. – T’es morte ?

(Silence)

MOI. – Bon, quand tu reviens, n’oublies pas le pain et le vin.

CHEZ LES WARHOL

16:33

MOI. – C’est la fête !

ELLE. – Ah oui, tu fais quoi ?

MOI. – Je réfléchis en gambadant.

ELLE. – Tu arrives à réfléchir en gambadant ? À quoi tu réfléchis ?

MOI. – Aux abeilles gynandromorphes.

(Silence. Un temps)

MOI. – Et toi tu fais quoi ? Je ne te vois pas, t’es où ?

ELLE. – Je butine dans la pièce du fond, je cueille des œufs. Tu viens ?

MOI.- Les cloches ont pondu déjà ? Elles pondent tôt cette année.

ELLE. – Oui, ça dépend de la pleine lune. Tous les ans ça change. Viens, j’en ai cueilli plein déjà. Regarde. J’ai même pas pu tout prendre tellement y en a. Mais c’est pas les cloches qui pondent, c’est les lapins.

MOI. – Comment les lapins ? Les lapins ça ne pond pas. C’est les allemands qui ont essayé de faire pondre les lapins. Ça n’a jamais marché. Du coup ils sont obligés de peindre des œufs durs qu’ils cachent dans le jardin mais personne n’est dupe.

ELLE. – Mais toi avec tes cloches, d’où tu crois que ça pond une cloche ?

MOI. – Et bien si figure toi. Une cloche ça pond. Une fois par an, à Pâques. Pourquoi tu crois qu’on fêterait Pâques sinon, je te le demande.

ELLE. – Je croyais qu’on fêtait la résurrection du type qu’on a crucifié, voilà tout.

MOI. – Quel type qu’on a crucifié ? Duquel tu parles ? Parce qu’il y en a eu plein alors faut être précis. Rien que Darius 1er a fait crucifié trois mille babyloniens d’un coup. En 1892 on a encore crucifié en musique le Caïd Habbour. Tu vois bien que ce n’était pas il y a si longtemps.

ELLE. – Mais c’est horrible ! C’était où ?

MOI. – À Marrakech.

ELLE. – J’y suis jamais allée. Il faudrait qu’on y aille un jour.

MOI. – Mais c’est pas tout, je peux même te montrer une photo d’un gamin crucifié au Cambodge pour avoir volé. On est dans les années 80’s, un peu après que la disco ait cessé d’être à la mode.

ELLE. – Non, j’ai pas besoin de voir. Moi je parlais du plus connu enfin. Qui veux tu que ce soit d’autre ?

MOI. – Tu veux dire Jésus ? Mais le fait qu’il ait été crucifié n’a absolument rien d’exceptionnel. Je ne sais même pas pourquoi on en fait tout un plat. Si on compte tous les crucifiés au fil des âges. Et encore, je ne rajoute pas les empalés, parce qu’alors là Jésus plus personne n’en parle. Encore aujourd’hui, la crucifixion reste un mode d’exécution légal dans le code des procédures pénales du Yémen du Nord. Alors tu vois bien.

(Silence. Un temps)

MOI. – En revanche, le fait qu’il ait réussi à ressusciter est beaucoup plus surprenant. J’aimerais bien savoir comment il a fait. Il faut que je me penche sur la question.

ELLE. – Tu crois qu’ il faisait de la psychomagie lui aussi ?

MOI. – Écoute je me demande. Je me demande. Quand je vois ce qu’on peut faire en se prenant pour Dr Manhattan, en se prenant pour Dieu on doit forcément dumper les possibilités.

ELLE. – Tu devrais essayer.

MOI. – Quoi, faire de la psychomagie en me prenant pour Dieu ? J’ai pas le costume. On manque d’informations.

(Silence. Un temps.)

ELLE. – En tout cas, ça ne répond en rien à mon histoire de lapin.

MOI. – Bien sur que si ça répond. À partir du jeudi précédant Pâques on entend plus les cloches. Tu n’as jamais remarqué ?

ELLE. – À non jamais. Mais maintenant que tu en parles.

MOI. – Et bien, si tu ne les entends plus c’est parce qu’elle font leur migration nuptiale. Quand elles reviennent elles sont en cloche jusqu’aux oreilles et pondent dans ton jardin.

ELLE. – Là elles ont pondu dans la pièce du fond.

MOI. – Ça ne me surprend pas, j’ai oublié de fermer la fenêtre.

(Silence. Un temps)

ELLE. – Dis voir, tu es sûr qu’on ne dit pas en cloque plutôt ?

MOI. – Ça dépend. On peut dire un polichinelle dans le tiroir ou une brioche au four. Ça se dit aussi.

ELLE. – Je sais mais tu as dit « en cloche jusqu’aux oreilles ».

MOI. – Parce que c’était approprié.

(Silence. Un temps)

ELLE. – Bon, on les mange ces œufs ?

MOI. – Oui mais avec nos masques c’est compliqué.

ELLE. – Viens, c’est la fête, c’est Pâques, on a qu’à mettre d’autres masques.

MOI. – Tu crois ? Et le virus alors ?

ELLE. – Il nous emmerde ce virus. J’ai besoin de décompresser un peu. Allez, mets celui là.

MOI. – Celui là, tu crois que ça protège ?

ELLE. – Mais oui. Fais moi confiance. C’est la fête, on va se détendre. Regarde tous les oeufs que j’ai rapporté.

MOI. – Ah oui, c’est bien. C’est bien, c’est bien. Et y a du gigot et des flageolets aussi ?

ELLE. – Non, du lapin à la moutarde.

MOI.- Ah oui, c’est bien. C’est bien, c’est bien. Et tu veux bien me laisser l’œuf violet ?

JOUR 27

CHEZ LES WAHROL


03:13

MOI. – Tu dors ?

(Silence. Un temps)

MOI. – Dis, tu dors ?

(Elle se réveille en sursaut.)

ELLE. – Quoi ! Quoi ! Qu’est-ce qui se passe ? Des masques, du pétrole. On est où ? Ça va pas de me réveiller comme ça ! On est quel jour, on est où ?

MOI. – Désolé, je ne pensais pas que tu dormais.

ELLE. – En général, à trois heures du matin quand on est allongé dans le noir c’est qu’on dort.

MOI. – Oui je sais. Je sais, je sais mais j’ai besoin de Bébé Krishna.

ELLE. – Il est pas dispo Bébé Krishna. Il est encore mobilisé pour le jeu concours.

MOI. – Ah oui, le jeu concours. Bon, pas grave, pas grave. Je vais me débrouiller autrement.

(Il retourne dans le salon. Trois minutes plus tard, elle le rejoint.)

ELLE. – Il est tard. Tu dors pas ? C’est quoi cette installation ?

MOI. – Je prépare un rituel.

ELLE. – C’est quoi comme rituel, de la psychomagie ?

MOI. – Non. J’ai mis de côté la psychomagie pour le moment. Je dois effectuer des tests en double aveugle.

ELLE. – En double aveugle ? Mais comment, en double aveugle ?

MOI. – Oui. Avec un groupe témoin. Voir s’ils me voient léviter eux aussi.

ELLE. – On ne peut pas tester la psychomagie en double aveugle.

MOI. – Et pourquoi non ? En gros, l’idée est simple. Je mets des gens dans une pièce et je ne lévite pas. Ensuite je comptabilise les gens qui m’ont vu léviter malgré tout. Tu me suis ? Dans une autre pièce, je mets d’autres gens et là je lévite vraiment en Dr Manhattan comme tu m’as vu la dernière fois. Sauf que là je comptabilise les personnes qui ne m’ont pas vu léviter. Tu me suis ?

ELLE. – Oui mais je ne vois pas l’intérêt.

MOI. – Et bien si. Par recoupement j’essaye de savoir si les personnes qui me voyaient léviter alors que je ne lévitais pas et celles qui, au contraire, ne me voyaient pas léviter alors que je lévitais, sont atteintes de la même pathologie.

ELLE. – Oui, et ?

MOI.- Et bien, éventuellement, je les oriente vers des organismes spécialisés pour être pris en charge.

(Silence. Un temps)

ELLE. – Je ne comprends pas. Ça à l’air compliqué.

MOI. – Ça l’est, ça l’est. C’est tout un protocole que j’ai mis en place. Ça prend du temps et il y a un cadre méthodologique précis.

ELLE. – Un protocole?

MOI.- Oui. J’ai intitulé mon étude « approche épistémologique et propédeutique de la science psychomagique en réponse à la théorie des fluctuations économique de Schumpeter et du concept de destruction créatrice »

ELLE. – Intéressant. Intéressant, intéressant. Mais tu crois que c’est une raison pour faire du Vaudou à trois heures du matin ?

MOI. – C’est pas du vaudou.

ELLE. – Ah bon, alors c’est quoi ?

MOI. – Une autre recherche. Un truc que j’ai inventé.

(Silence. Un temps)

ELLE. – Vas-y raconte. Tu m’as réveillée, maintenant tu assumes.

MOI. – Mais c’est rien je te dis. C’est un rituel de umbanda inspiré de la macumba brésilienne que j’ai mélangé à du condomblé. Ensuite j’ai tout croisé avec un peu de vaudou béninois et à du Bwiti Gabonais, mais sans l’ibogaïne, auquel j’ai rajouté deux subtilités inspirées du chamanisme mongole. Y a que de l’encens, tu risques rien. D’ailleurs c’est bien que tu sois là, tu vas m’aider.

ELLE. – Je dois faire quoi ?

MOI. – Tu vas faire la mambo.

ELLE. – Mais je sais pas danser les trucs là moi.

MOI. – Mais non, pas la danse. La prêtresse. Là j’ai besoin d’une prêtresse. Et aussi d’un poulet et d’un renne mais j’ai conçu une version végan, sans poulet, sans renne, sans œufs et sans gluten.

ELLE. – Et c’est quoi l’objectif de ce rituel ?

MOI. – J’ai appelé ça « le rituel de la limitation des dégats ». Basiquement, c’est un truc pour éloigner le mauvais œil qui s’est abattu sur le monde. Faire en sorte que ce confinement ne dure pas jusque fin juin, voir fin juillet.

ELLE. – Tu crois au mauvais oeil ?

MOI. – Aucune étude sérieuse n’a été menée sur les effets de quelqu’un qui te regarde en coin ou de travers.

ELLE. – Ah bon, je croyais qu’on faisait des études sur tout.

MOI. – Avant oui. Avant on avait une science assez exacte de ce que le regard de travers produisait dans les fêtes foraines ou dans les bals populaires. Aujourd’hui le savoir se perd. Faute de bals populaires et de fêtes foraines on a tout oublié. Du coup on manque de donnée sur le mauvais œil.

ELLE. – Oui mais alors du coup, peut-être on pourrait aller se recoucher. Tu crois pas ?

MOI. – Ça ne coûte rien de faire un rituel. Principe de précaution.

ELLE. – Tu penses vraiment qu’à trois heures trente du matin, ça vaut le coup que tu me réveilles pour faire un rituel contre le Mauvais Œil, alors qu’on a aucune données fiables ?

MOI. – Oui. Parce que de deux choses l’une. Soit le mauvais œil existe et on contribue à contrer sa malveillance. Soit il n’existe pas mais on contribue quand même à faire barrière à la dépression qui nous guette par une activité poético-imaginaire empirique.

ELLE. – Je comprends rien à ce que tu dis. Il est tard. Viens dormir.

MOI. – Mais non, tu vas voir c’est simple. Tiens, mets toi là. Prends le crâne et transverse le verre de bave dans la petite calebasse.

(Silence. Un temps)

ELLE. – Je me demandais, tu crois qu’il y a des études qui ont été menées ?

MOI. – Ça dépend, sur quoi ?

ELLE. – Sur les effets du confinement prolongé sur les autistes.

MOI. – Je sais pas. Pourquoi, tu t’intéresses aux autistes maintenant ?

ELLE. – Non. Pour rien, pour rien.

CHEZ LES ALMODOVAR

MOI. – T’es où ?

ELLE. – En Afrique du Sud… NOoon, J’écoute Die Antwoord.

MOI. – Ha oui ça fait du bien. J’adore leur univers… ça me rappelle l’expo qu’on est allé voir à Hey! modern art et pop culture – Halle Saint Pierre . Celle de Roger Ballen.

ELLE. – Ha oui c’était superbe ! Faudrait qu’on aille un peu plus voir des expos non ?

MOI. – Oui… C’est drôle parce que quand j’y pense on a une vie culturelle assez pauvre non ?

ELLE. – C’est vrai qu’on n’est pas les bons clients.

MOI. – Faut dire, on peut pas bosser et aller voir ceux qui bossent…

(Un temps)

ELLE. – Viens on fait n’importe quoi !

MOI. – Je crois que le monde est assez en bordel comme ça non ? En plus, pour arranger le truc, y a des volcans en Islande qui se réveillent après 800 ans de sommeil et un autre en Malaisie l’Anak Krakatau… Autant te dire que si ça continue comme ça faudrait pas s’étonner de voir se réveiller les volcans d’Auvergne.

ELLE. – Ceux qu’on voit dans les pubs pour l’eau minérale ?

Moi – Exactement.

ELLE. – Merde !

(Un temps)

ELLE. – J’ai envie de rire, je veux qu’on rigole… Qu’on se défoule…

MOI. – Genre on fait les clowns ?

ELLE. – Non, les clowns me dépriment.

MOI. – Alors quand tu dis n’importe quoi, à quoi tu penses ?

ELLE. – Genre pipi, crotte, je sais pas…zizi, zezette, dessins pour enfants… n’importe quoi.

MOI. – C’est pas n’importe quoi ça.

ELLE. – Ah bon ? C’est quoi alors ?

MOI. – C’est du Dolto en mode confinement.

ELLE. – J’ai rien compris.

MOI. – Moi, non plus…

(Un temps)

ELLE. – Ça serait bien si tout le monde se mettait à dessiner sur ses murs ?

MOI. – Je ne sais pas si c’est une bonne idée… Je crois qu’il faut laisser le mauvais gout aux fabricants de papiers peints.

(Un temps)

MOI.- Bon, on commence par quoi ?

ELLE. – On se met en slip.

MOI. – C’est un bon début…

JOUR 26

CHEZ LES WARHOL

FLASH SPECIAL

11:07

ELLE. – Tu fais quoi ?

MOI. – Je suis sur la terrasse et profite du week end. Après j’irai faire quelques brasses dans la piscine.

ELLE. – Sur la terrasse ? Mais tu n’as pas de terrasse. Et de quelle piscine tu parles ?

MOI. – Les terrasses, c’est comme le sexe, c’est une question d’imagination. Il y a ceux qui sont ouverts et ceux qui sont fermés sur la question.

ELLE. – Je vois pas le rapport.

(Silence. Un temps)

MOI. – Et toi tu fais quoi ?

ELLE. – Je prépare un jeu.

MOI. – Un jeu ?

ELLE. – Oui, pour occuper les gens. J’ai lu quelque part que le jeu c’était bien. Ça prémunit de la dépression.

MOI. – Ah oui très bien. On ne pense pas assez à la dépression. Alors, c’est quoi ce jeu ?

ELLE. – Ça s’appelle « Où est Bébé Krishna ? ». En fait, on envoie une image et les gens doivent trouver Bébé Krishna caché à l’intérieur. En fait c’est « Where is Waldo? » mais avec Bébé Krishna

MOI. – C’est qui ce Waldo ?

ELLE. – Mais si enfin, Waldo, Charlie, « Où est Charlie ? » et bien Charlie c’est Waldo, c’est pareil. Celui qu’on ne voit jamais parce que personne le trouve.

MOI. – Comme dans les Drôles de Dames ?

ELLE. – Oui c’est ça, pareil, mais complètement différent.

MOI. – Ah oui super, je vois . Bonne idée, bonne idée. « Where is Baby Krishna ? », bonne idée.

ELLE. – Oui. Je pensais aux Almodovar. Je me suis dit qu’ils avaient sans doute envie de jouer les Almodovar.

MOI. – Oui. Sans doute, sans doute, très bonne idée. On va planquer bébé Krishna et les Almodovar devront le retrouver.

(Silence. Un temps)

ELLE. – Allez je poste.

MOI. – Attends ! Attends ! Tu crois pas qu’une image c’est pas un peu facile ?

ELLE. – Tu crois ?

MOI. – Oui. Trois images ce serait mieux. Et à chaque fois il faut trouver Bébé Krishna.

ELLE. – Ah oui, bonne idée, bonne idée. Faisons ça.

(Ils préparent les images, ce qui leur prend un temps fou et ne leur laisse pas le temps de sombrer dans la dépression.)

ELLE. – Aller, je poste.

MOI. – Attends, attends !

ELLE. – Quoi encore ?

MOI. – N’oublie pas de dire qu’il y a un truc à gagner.

ELLE. – Comment ça, qu’il y a un truc à gagner ?

MOI. – Oui, un truc à gagner. Les gens ne jouent pas quand il n’y a rien à gagner.

ELLE. – Pas bête. On dit quoi ? Les trois premiers ?

MOI. – Oui, c’est bien ça les trois premiers.

ELLE. – OK, je poste.

MOI. – Attends ! Attends !

ELLE. – Quoi encore ?

MOI. – Ils gagnent quoi les gens ?

ELLE. – Je sais pas, un voyage en Inde, une Audi A3, une figurine de Vladimir Poutine grandeur nature.

MOI. – T’es sûre pour la figurine de Vladimir Poutine ? Tu crois qu’ils vont aimer ça les gens ?

ELLE. – Mais oui, ils vont aimer, pourquoi pas ? C’est bien dans un salon une figurine de Vladimir Poutine, c’est stylé.

MOI. – Ça peut. On va peut-être prendre le temps d’y réfléchir. On a qu’à dire « surprise ». C’est bien les surprises, ça laisse de la marge.

(Silence. Un temps.)

ELLE. – Alors, je poste ?

MOI. – Attends, Attends ! Et si les gens ne savent pas qui est baby Krishna, ils le reconnaissent comment ?

ELLE. – Et bien ils relisent la chronique #07 et ils sauront les gens. C’est pourtant pas compliqué.

(Silence. Un temps.)

ELLE. – Alors, je peux poster mon jeu cette fois ?

(Silence. Un temps.)

MOI. – Poste.

CHEZ LES ALMODOVAR

MOI. –  T’es où ?

ELLE. – Dans la salle de bain

MOI. – Tu prends une douche ?

ELLE.  – Non je répète. 

MOI. – Quoi ?

ELLE. – Elvire de Dom Juan : J’admire ma simplicité, et la faiblesse de mon cœur, à douter d’une trahison, que tant d’apparences me confirmaient. J’ai été assez bonne, je le confesse, ou plutôt assez sotte, pour me vouloir tromper moi-même, et travailler à démentir mes yeux, et mon jugement.

MOI. – On dirait l’Amérique qui parle.

( Un temps)

ELLE. – Tu crois que Trump c’est le mal ?

MOI. –  Non, je crois que le mal c’est l’ignorance de qui est Trump… Je crois que s’il est arrivé là où il est c’est parce que l’Histoire l’a permis.

(Un temps)

MOI. – J’ai lu qu’un peu partout dans le monde, les croyants pensent que Dieu les a abandonnés.

ELLE. – Ou qu’il fait une sieste.

MOI. – Peut-être que dans le doute on devrait prier. Qu’est-ce que t’en penses ?

ELLE. – Les prières, c’est comme les lettres au père noël, ça n’arrive jamais à destination.

(Un temps)

ELLE. – Ça me fatigue tout ça… Trump, Dieu, le coronavirus… je vais rester dans la douche et attendre que Jésus ou les pompiers débarquent…

MOI. – Jésus ça m’étonnerait.

ELLE. – Faut espérer… un signe… un poisson…

Moi. – Pourquoi un poisson ?

ELLE. – C’est le symbole de Jésus.

MOI. – J’ai une boite de sardine si tu veux.

ELLE. – ça fera l’affaire, donne.

(Un temps)

ELLE. – Qu’est ce que tu fais ?

MOI. – Je lis ATMORE ALABAMA d’Alexandre Civico…L’histoire d’un type dont on ne sait rien et qui se retrouve au fin fond de l’Amérique profonde, ceux qui ont voté pour le père Trump justement. Il est question d’armes, de drogues et d’une prison dans une ambiance je ne te dis pas…

ELLE. – Ben dis.

MOI. – La lose…

( Un temps)

ELLE. – Civico… C’est de quelle origine ça ?

MOI. – je sais pas… Portugais peut-être… pas certain… Faudrait pas vexer l’auteur s’il est Guatémaltèque.

(Un temps)

MOI. – Bon, je peux prendre une douche ?

ELLE. – Attends.

MOI. – Attends quoi ?

ELLE. – je sens venir un miracle.

(Un temps)

ELLE. – Ah non… c’est la voisine qui rentre chez elle.

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