JOUR 48

CHEZ LES ALMODOVAR.

MOI. – T’es où?

ELLE. – Dans ma boite. Dans la boite. Dans la Safe House.

MOI. – nous sommes des matriochkas. Dans un pays, dans une ville, dans un quartier, dans un appartement.

ELLE. –  Dans une boite. Et puis dans nous même. Je me demande ce qu’il y a au fond de nous ? Dans la petite boite noire.

MOI. – Je crois qu’on imagine beaucoup de choses mais si ça se trouve y a juste un truc binaire. Genre un 0 et un 1. Un oui et un non. Un truc vraiment décevant en fait. Rien à voir avec l’âme et tout le reste. Tu imagines ? juste un 0 et et 1. Binaire. Dieu est une oscillation entre ce qui est et ce qui n’est pas.

ELLE. – C’est dans le peut-être qu’on s’abime.

(un temps)

MOI. Ça me fait penser à l’histoire de Kouhalindarapi, et du magicien. Un jour le prince Kouhalindarapi, demanda au plus grand magicien du royaume de le divertir. La magicien n’était pas très à l’aise. Il avait entendu parler du sort réservé à ceux qui décevaient le prince. Alors il décida de lui montrer son plus beau numéro, celui de la boite magique. Il se posta devant le prince et ouvrit une malle. Dedans rien. Il mit une femme à l’intérieur et après avoir dit les paroles magiques, il ouvrit la malle. La femme avait disparu ! Kouhalindarapi, réfléchit et dit : «  si j’entrai dans la malle, est-ce que tu pourrais me faire disparaître magicien ? ». Le magicien hésita. Il dit : «  Non, prince tout puissant, rien ne pourrait faire disparaître votre grandeur ». Kouhalindarapi, répondit alors : « Si je comprends bien,  tu n’es pas le plus grand magicien du royaume. Tu as menti ». Le magicien se reprit : «  Si ! Si ! Je suis le plus grand magicien du royaume et je pourrais vous faire disparaître sire ».  Kouhalindarapi, dit alors :  «  Donc, tu es un ennemi du royaume. Comment pourrais-je dormir tranquille en sachant qu’il y a quelqu’un qui pourrait faire disparaitre ma grandeur pour toujours ? ». Le magicien ne savait plus quoi dire. Kouhalindarapi s’approcha du magicien  avec son épée à la main et lança : « c’est sans doute moi le  pus grand magicien du royaume. Regarde. Je vais te faire disparaître. » Il trancha la tête du magicien. Kouhalindarapi, se tourna vers son conseiller et demanda : « Qu’est-ce qu’il me reste pour me divertir conseiller ? ».  Le conseiller répondit : « Comme tout les puissants de ce monde, majesté,  il vous reste tout un peuple pour ça. »

(Un temps)

ELLE. – Vraiment il n’y a rien pour le rattraper lui.

MOI. – Pas grand chose hélas. Et je ne t’ai pas raconté la mort de Kouhalindarapi.

ELLE. – ça ressemble à quoi ?

MOI. – c’est entre du Shakespeare et du Beckett .

ELLE. – Ha merde !

CHEZ LES WARHOL

17:00

MOI. – Ça devient dur.

ELLE. – De quoi ?

MOI. – D’accoucher du rêve.

ELLE. – C’est vrai. Pour moi aussi. Le quarante-huitième jour.

MOI. – Et alors ?

ELLE. – Il paraît que c’est le jour le plus dur. Avec le 49 et le 50.

MOI. – Ça ne m’étonne pas.

ELLE. – Ah oui, pourquoi ?

MOI. – C’est un nombre instable. Ça dépend de notre humeur. Vivre le 48 en période de confinement c’est comme chevaucher un bouquetin sauvage.

(Silence. Quatre temps)

MOI. – Tu fais quoi?

ELLE. – Ça y est, j’ai réussi à connecter avec le rêve.

MOI. – La tête en bas ?

ELLE. – Le rêve, c’est toujours la tête en bas.

MOI. – Pas forcément. Moi je rêve en diagonale.

ELLE. – Ah bon ? Et c’est comment ?

MOI. – J’ai découvert que lorsque tu parviens à rêver en diagonale, tu peux te rendre à Coney Island.

ELLE. – Coney Island ! Tu es à Coney Island ?

MOI. – Presque. J’ai encore des bazars qui tournent dans ma tête mais presque.

(Silence. Deux temps)

MOI. – Ça y est j’y suis. Je suis dans un parc.

ELLE. – Un parc ? Je ne sais même plus comment c’est.

MOI. – Et toi tu es où ?

ELLE. – Comme toi, à Coney Island. Dans une prairie. Quand tu rêves la tête en bas, j’ai découvert que tu pouvais aussi te rendre à Coney Island.

MOI. – Tu fais quoi ?

ELLE. – Je respire. Je contemple. Et toi ?

MOI. – Pareil.

(Silence. Un temps)

ELLE. – Demain c’est le 49.

MOI. – Ça ne m’étonne pas. Après le 48 vient le 49.

ELLE. – Tout le monde sait ça.

MOI. – Oui, sauf que personne n’a encore pu répondre à cette question.

ELLE. – Ah oui laquelle ?

MOI.- À Coney Island, quel nombre précède le 49 ?

ELLE. – C’est vrai, maintenant que tu le dis.

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